Provinces

L’Est de la République Démocratique du Congo a connu un cycle de conflits qui a déstabilisé la région et l’ensemble du pays, détruit les infrastructures sociales et affaibli les mécanismes de prestation de services de l’État et de la société civile, limitant énormément l’accès aux services de base, qui faisaient déjà cruellement défaut.  Dans le système de santé et de l’éducation, il existe peu de mécanismes par lesquels les fournisseurs de services et le gouvernement peuvent être tenus responsables ou répondre aux questions des utilisateurs.

La gestion faible et les relations absentes conduisent à la corruption, au manque de motivation, à l’absentéisme, à la mauvaise planification et à la mise en œuvre inadéquate des services et des politiques de la santé et de l’éducation. La transparence budgétaire est limitée, ce qui rend difficile pour les citoyens de tenir le gouvernement responsable des dépenses.[1]

Les communautés, et parfois les fournisseurs de services eux-mêmes, manquent d’informations sur les normes, les droits et les performances sanitaires et éducatifs nationaux, ce qui limite leur capacité à surveiller la prestation des services et le rendement des prestataires de soins de santé et de l’éducation.

Education

 En 2013, après des décennies de conflits et de sous-investissement dans le système d’éducation, le taux d’analphabétisme en RDC s’élevait à 33% chez les hommes contre 11% chez les femmes, au Sud-Kivu (28% et 9%) et au Nord Kivu (24% et 11%)[2]. L’éducation gratuite est un droit constitutionnel en RDC, mais en réalité, le système d’éducation est en grande partie financé par les parents, qui paient des frais de scolarité et des frais afférents. Une partie de ces frais est supposé servir à la construction et l’entretien des établissements. Or, la plupart des écoles ne satisfont pas aux normes minimales congolaises en matière d’éducation. En plus d’être surchargées, elles manquent de tout : équipement, installations sanitaires, eau courante et matériel pédagogique adéquat. Le personnel est sous-payé (et souvent de façon irrégulière) et généralement peu motivé à la tâche. De plus, peu d’enseignants sont officiellement inscrits au registre de paie du gouvernement, ce qui explique l’importance des frais de scolarité imposés aux parents.

Santé

Le secteur de la santé connait lui aussi de graves problèmes après plus d’une décennie de conflit ayant affaibli le système de santé et réduit sa capacité à répondre aux besoins de la population.

En 2013, la RDC occupait le dernier rang sur 168 pays sur l’indice de développement humain[3]. Avec 74% de la population vivant à plus de cinq kilomètres d’un centre de santé[4], les services de santé sont souvent inaccessibles et les intrants essentiels tels que les médicaments et le personnel sont souvent indisponibles. Le manque de fonds, ainsi que la mauvaise gestion financière et la corruption, ont conduit à une dépendance à l’égard des coûts élevés des utilisateurs et des paiements non officiels par les utilisateurs pour aider à couvrir les salaires du personnel, les coûts opérationnels et la gestion de la zone de santé. De plus, les patients sont souvent tenus d’acheter les médicaments et les fournitures nécessaires pour les interventions chirurgicales et les autres services de santé. Le coût élevé des soins de santé en limite aussi l’accès, puisque la majorité des ménages peuvent difficilement se les offrir.[5] Cela se traduit par de faibles taux d’utilisation.

Le système de santé comporte bien des mécanismes permettant aux usagers de faire des commentaires et d’exiger des améliorations, dont les Comités de développement de l’aire de santé (CODESA)[6], mais ceux-ci fonctionnent irrégulièrement. Même lorsqu’ils sont fonctionnels, les changements n’ont pas nécessairement lieu. En effet, même si les commentaires des usagers sont transmis aux instances appropriées, les prestataires de services n’ont aucun incitatif pour améliorer leur performance. Dans les faits, la qualité des services de santé, et leur accessibilité, sont très variables et les usagers ont peu d’impact sur leur prestation.

Le Genre et l’Inclusion

La République Démocratique du Congo a une mauvaise réputation en ce qui concerne l’égalité de genre et le respect du droit des femmes. A l’Est du pays par exemple, l’inégalité des sexes persiste et les femmes restent à bien des égards désavantagées et vulnérables. Dans presque tout le pays, les hommes et les femmes ne disposent pas d’un accès égal aux droits, aux opportunités, au pouvoir, aux ressources et à la prise de décisions.

Par exemple, au Sud-Kivu, les données concernant l’éducation des femmes montrent que 28% des femmes sont sans instruction,  29,8% des femmes n’ayant pas terminé l’école primaire, 29,4% n’ayant pas terminé l’école secondaire et seulement 1.7% ayant terminé les études supérieures.[7]


[1] International Budget Partnership: Open Budget Index 2010 – DRC [http://internationalbudget.org/opening-budgets/open-budget-initiative/open-budget-survey/]

[2] Deuxième enquête démographique et de santé (EDS-RDC II 2013-2014)

[3] Malik H. The Rise of the South: Human Progress in a Diverse World. Human Development Report 2013. New York: United Nations Development Program; 2013.

[4] République Démocratique du Congo Ministère de la Santé Publique, Secretariat General . Plan National de Developpment Sanitaire (PNDS) 2011–2015. Kinshasa: Mars; 2010.

[5] Africa Region Human Development & The Ministry of Health, Democratic Republic of Congo . Democratic Republic of the Congo. Health, Nutrition and Population. The World Bank: Country Status Report. Report No. 35626-ZR; 2005.

[6] Le Comité de Développement des aires de Santé (CODESA) est une structure communautaire dont les membres sont bénévoles et élus par les membres de la communauté. Ces derniers sont censés, en théorie, veiller à la fréquentation du centre de santé, à la qualité des traitements dispensés, au respect des référencements. Ils sont aussi en charge de la prévention (en relayant notamment de l’information sur des campagnes de vaccination) et de la promotion de la santé (par la diffusion de messages en relation avec les problèmes sanitaires locaux).

[7] Deuxième enquête démographique et de santé (EDS-RDC II 2013-2014)